Cet article fait suite à l’étude du haut-parleur électroacoustique. Nous verrons ici ce qu’il advient de ses propriétés et de son rayonnement lorsqu’il est intégré dans un caisson pour réaliser une enceinte.
Nous avons vu que l’émission en opposition de phase de la face arrière de la membrane crée des interférences destructives néfastes, en particulier dans le domaine des basses fréquences. L’intégration du haut-parleur dans un caisson a pour objectif d’éviter ce court-circuit acoustique : le rayonnement arrière est en effet supprimé.
Enceinte close : haut parleur de surface S intégré dans un caisson de volume V0
Soit V0 le volume du caisson, enfermant de l’air à la pression atmosphérique P0. Le volume d’air contenu dans le caisson étanche varie en fonction du déplacement de la membrane du haut-parleur de surface S : lorsque l’élongation de la membrane est x, le volume d’air est V=V0+ΔV avec ΔV=S⋅x. L’air subit ainsi des successions de compressions et de dilatations au cours des vibrations de la membrane.
Si on suppose, comme d’habitude, que ces transformations sont adiabatiques, il résulte de la loi de Laplace :
dVd(P⋅Vγ)=0⟺dVdP=−VγP
Ainsi, si le volume ΔV balayé par la membrane reste petit devant le volume total du caisson V0, la surpression résultante peut s’écrire :
Deux modifications doivent être réalisées dans la configuration de l’enceinte close :
D’une part, le rayonnement arrière ayant été supprimé, le facteur 2 devant la résistance de rayonnement RR disparaît.
D’autre part, la surpression p de l’air enfermé dans le caisson ajoute une force F dont l’expression est, d’après le résultat du paragraphe précédent : F=p⋅S=−V0γP0S2x Cette expression est celle d’une force de rappel F=−kax, avec ka=V0γP0S2 la raideur du volume d’air contenu dans le caisson.
Dans l’hypothèse où la surface de la membrane est petite en comparaison de la surface du panneau avant du caisson, la masse d’air déplacée à l’arrière de la membrane est sensiblement égale à celle déplacée à l’avant. La masse totale de l’équipage mobile restera donc m+2mR
L’équation mécanique du haut-parleur monté dans un caisson est donc :
(m+2mR)⋅x¨+(α+RR)⋅x˙+(k+ka)⋅x=Bl⋅i
Le comportement du haut-parleur monté en enceinte close se déduit donc de celui du haut-parleur monté sur un baffle plan infini par les substitutions :
2RR→RR
k→kb=k+ka avec ka=V0γP0S2
Nous utiliserons l’indice b (pour “box”) pour toutes les grandeurs relatives au haut-parleur monté dans un caisson.
Fréquence de résonance
En suivant la démarche que nous avions emprunté pour le haut parleur monté sur un baffle plan, on aboutit au schéma électrique équivalent du haut parleur monté dans un caisson :
Schéma électrique équivalent d’une enceinte close
La résistance et l’inductance motionnelles sont inchangées, mais la capacité motionnelle subit une modification :
Le numérateur de l’expression est plus grand que dans le cas d’un montage sur baffle plan, et le dénominateur est le même : la fréquence de résonance du haut-parleur est donc augmentée lors de son installation dans un caisson.
Le haut-parleur monté dans un caisson aura donc une fréquence de coupure dans les basses plus élevée.
La perte d’émission dans les graves sera d’autant plus marquée que la raideur ka de l’air contenu dans le caisson sera importante, celle ci augmentant lorsque le volume V0 du caisson diminue.La fréquence de coupure du haut-parleur sera multipliée par 2 lorsque ka=k. Ce seuil donne l’ordre de grandeur du volume minimal du caisson à utiliser.
Il est d’usage d’introduire ici le volume d’air équivalent à la suspensionVas, généralement publié dans les données constructeur des haut-parleurs. La raideur k du haut-parleur serait obtenue avec un volume d’air
Vas=kγP0S2
Pour monter un haut-parleur en enceinte close sans trop augmenter la fréquence de coupure, il faudra donc un volume de caisson au moins quelques fois supérieur à Vas.
Exemple
Illustrons ces propos par un exemple numérique. Rappelons les données constructeur du haut-parleur Monacor SP-165PA que nous avions pris en exemple dans l’article précédent :
Surface efficace de la membrane S=137×10−4m2
Masse de l’équipage mobile (bobine + membrane) m=8,2×10−3kg)
Raideur de la suspension élastique k=4,0×103Nm−1)
Résistance mécanique de la suspension α=1,2kgs−1
Résistance de la bobine Re=6.9Ω
Inductance de la bobine Le=0,50×10−3H
Facteur de force Bl=7,1Tm
On a pour ce haut-parleur Vas=6,6L. Si on choisit de le monter dans un caisson de volume V0=40L≈6Vas, on aura : ka=V0γP0S2=6,7×102Nm−1
La raideur totale sera : kb=k+ka=4,7×103Nm−1
Et la pulsation de résonance : ωb=m+mRkb=654rads−1=1,08ω0
La fréquence de coupure aura ainsi augmenté de 8%, passant de 96 à 104 Hz.
Rayonnement acoustique
Fonction de transfert
Le schéma acoustique équivalent au haut-parleur monté dans un caisson est :
Schéma acoustique équivalent à un haut parleur monté dans un caisson
Pression excitatrice pg=Pgexp(jωt) avec Pg=S⋅Re(Bl)⋅U, exprimée en Pascals.
Débit q=Qexp(jωt), en m3/s
Résistances acoustiques, en Pa⋅s/m3:
Rae=S2Re(Bl)2 (pertes électriques dans la bobine)
Rab=S2α (pertes par frottements)
La compliance acoustique en m3/Pa : Cab=kbS2.
La masse acoustique en kg/m4 : Mab=S2m+mR
Résistance acoustique de rayonnement avant Rar=S2RR
Posons :
δ=ωsωb=1,08;
Qeb=ωbCabRae1 le facteur de qualité électrique ;
Qmb=ωbCabRab1 le facteur de qualité mécanique ;
Qtb le facteur de qualité total tel que Qtb1=Qeb1+Qmb1 .
Reprenons l’exemple du Monacor déjà étudié, monté dans un caisson de 40 L :
Montage sur baffle plan
Montage dans caisson de 40 L
ωs=606rads−1
ωb=δωs=654rads−1
Qes=1,1
Qeb=1,0
Qms=5,0
Qmb=4,6
Qts=0,91
Qtb=0,83
Les facteurs de qualité diminuent en intégrant le haut-parleur dans un caisson, et ce d’autant plus que le volume du caisson est petit.
L’expression du débit, obtenue en suivant la démarche exposée dans l’article précédent, est alors :
où ν=ωsω est la pulsation réduite définie par rapport à la pulsation de résonance du haut-parleur monté en baffle plan et où le deuxième terme a été réécrit en fonction des valeurs du haut-parleur monté en baffle plan.
Phénomène de baffle (baffle step)
Lorsque nous avons étudié lemonopôle acoustique, nous avons signalé qu’il modélisait de manière très satisfaisante le rayonnement d’une enceinte close aux très basses fréquences. En effet, la longueur d’onde étant supérieure aux dimensions L du baffle (f<c/L), celui-ci est invisible pour les ondes sonores émises. Le rayonnement est alors isotrope dans tout l’espace.
Puis nous avons étudié le modèle du piston encastré sur un baffle infini, qui modélise bien le rayonnement d’une enceinte aux fréquences supérieures (f>c/L) : la longueur d’onde étant plus petite que le baffle du caisson, les ondes sonores le voient comme un baffle de grande dimension. Le rayonnement se fait alors principalement dans le demi-espace avant. Tant que la longueur d’onde est supérieure au rayon a du haut-parleur, ce rayonnement est lui aussi très peu directif.
Dans la fonction de transfert obtenue au paragraphe précédent, il faudra donc utiliser le modèle du monopôle pour les basses fréquences et celui du piston bafflé pour les fréquences supérieures. La transition entre ces deux modèles est appelée phénomène de baffle, ou baffle step en anglais.
Puissances rayonnées dans les deux modèles
La puissance rayonnée s’obtient à partir de la fonction de transfert de la même manière que nous l’avons obtenue pour le rayonnement du haut-parleur monté sur un baffle infini. La différence entre le rayonnement monopolaire (basse fréquence) et celui du piston bafflé (hautes fréquences) tient à la résistance de rayonnement RR, qui est doublée pour le piston bafflé. On obtient ainsi pour le piston bafflé :
Dans les basses fréquences, la valeur maximale de la puissance rayonnée est ainsi divisée par 2δ4 par rapport au même haut-parleur monté en baffle plan. Afin d’optimiser la fréquence de coupure dans les basses et le niveau sonore, on aura donc tout intérêt à placer le haut-parleur dans un caisson de volume suffisamment grand pour que δ soit proche de 1.
Le rendement ηb du haut-parleur monté dans une enceinte close est lui calculé dans les hautes fréquences, lorsque ∣∣∣HP,b∣∣∣≈1 : on a donc ηb=δ4η0. Pour notre exemple, on obtient 0,6%.
La sensibilité L1,b de l’enceinte est quant à elle réduite de 10⋅logδ4, soit une chute de 1,3dB pour l’enceinte considérée : on obtient L1=90,2dB.
Transition baffle step
Aux hautes fréquences, les ondes sonores sont émises dans le demi-espace avant du caisson. A une distance r de l’enceinte, la puissance émise se dilue sur une demi-sphère de surface 2πr2 et l’intensité sonore est :
IHF=2πr2Par,b,HF
Aux basses fréquences, les ondes sonores sont émises dans tout l’espace, la surface sur laquelle se dilue l’énergie est donc 4πr2. On a alors :
IBF=4πr2Par,b,BF=4IHF
La transition liée au phénomène de baffle s’accompagne donc d’une diminution de 6dB dans les graves.
Sur quelles fréquences s’étale le phénomène de baffle ?
Diffraction : l’angle θ caractérisant l’étalement de l’onde lorsqu’elle rencontre un obstacle.
La diffraction est quantifiée par l’angle θ d’étalement de l’onde. Pour l’obstacle de dimension L qu’est le caisson de l’enceinte, on a :
θ=Lλ
Une onde émise par le haut-parleur le long du baffle sera significativement diffractée vers l’arrière dès lors que θ≈4π. Cela correspond à λ1≈0,7L. Le rayonnement deviendra isotrope dans l’espace lorsque θ≈2π, soit λ2≈6L. La fréquence de transition est celle pour laquelle l’atténuation est moitié de sa valeur maximale, soit :
On peut construire un bon modèle mathématique de la transition à l’aide d’une approximation bien connue de la fonction step de Heavyside :
H(f)≈6×((1+exp(−2klnfstepf))−1−1)
avec k=2 permettant l’étalement du phénomène sur l’intervalle [3fstep;3fstep] :
Transition baffle-step
Niveau sonore de l’enceinte close
Nous pouvons donc maintenant calculer l’intensité sonore aux hautes fréquences avec l’expression obtenue plus haut, en déduire le niveau sonore et prendre en compte la transition vers un rayonnement monopolaire aux basses fréquences en lui ajoutant la transition baffle step.
Pour notre enceinte de 40L, choisissons une profondeur du caisson de 25 cm et un baffle circulaire de 22,5 cm de rayon, le haut-parleur étant monté au centre de celui-ci. Je ne vous conseille pas une telle géométrie, mais elle permet de n’avoir qu’une unique dimension L=0,45m à considérer. On obtient, avec un phénomène de baffle à 380 Hz s’étalant de 127 Hz à 1.14 kHz :
Comparaison entre le niveau sonore obtenu à 1m, sous une tension de 2,83V, par le haut parleur monté sur un baffle infini et monté dans un caisson dont le baffle est circulaire, de diamètre 45 cm. Les droites verticales vertes indiquent les fréquences de coupure à -3dB et les rouges les limites de la transition baffle step La coupure haute-fréquence à 5500 Hz a été ajoutée artificiellement à partir des observations expérimentales de l’article précédent.
Notons tout de même que, dans un cas réel d’écoute dans une pièce, une fraction non négligeable des ondes sonores graves émises vers l’arrière de l’enceinte sera réfléchie par les murs, augmentant de fait le niveau perçu des basses. Le phénomène de baffle provoquera donc plutôt une diminution de 2 à 4 dB que de 6dB.
Notons aussi que, lorsque le caisson est rectangulaire, la transition sera adoucie du fait de fréquences de transition différentes pour les différentes tailles de l’obstacle vues par l’onde :
Baffle circulaire : l’obstacle présente la même dimension quelle que soit la direction de propagation de l’onde
Baffle rectangulaire : la dimension de l’obstacle dépend de la direction de propagation de l’onde
Par exemple, pour un même volume de caisson de 40L et une même profondeur de 25cm, un baffle rectangulaire de dimension 30×50cm aura une transition de phénomène de baffle qui s’étendra de λ1≈0,7Lmin=21cm à λmax≈6Lmax=3,0m, soit :
Même haut-parleur, monté sur un caisson de même volume mais avec un baffle rectangulaire. L’approximation de la fonction step de Heavyside a été choisie avec un coefficient k=0.8.
Diffraction par les bords
Position du problème
On s’intéresse dans cette section au côté “hautes-fréquences” du phénomène de baffle : les ondes sonores sont supposées contraintes à se propager dans un demi-espace délimité par le baffle.
Considérons une onde sphérique. Le principe d’Huygens-Fresnel stipule que chaque point du milieu perturbé par l’onde devient lui-même une source élémentaire secondaire, la combinaison des perturbations générées par ces sources secondaires constituant le nouveau front d’onde :
Lorsque l’onde se propageant le long du baffle atteint sa périphérie, elle rencontre une discontinuité puisque le volume disponible pour sa propagation change : il passe d’une demi-sphère à une sphère. La pression chute d’un facteur 2 et les sources secondaires ne forment alors plus un ensemble cohérent avec leur prédécesseurs, il faut les considérer comme une nouvelle source. On parle de diffraction par le bord du baffle.
Du fait de leur déphasage, provenant du délai induit par la propagation jusqu’au bord du baffle, l’onde directe et l’onde diffractée interfèrent au point d’observation : la pression acoustique présentera des pics lorsque les ondes sont en phase et des creux lorsqu’elles sont en opposition de phase.
Cas d’un baffle circulaire
Dans un souci de simplification visant à se concentrer sur les effets physiques, nous nous restreindrons dans un premier temps au cas défavorable d’un baffle circulaire observé dans l’axe.
Nous nous intéressons ici au haute-fréquences : changeons donc notre haut-parleur d’étude pour un tweeter Dayton DC28FT de rayon a=14mm, de fréquence de résonance fs=834Hz et de facteur de qualité total Qts=0,50. Ce haut-parleur est monté dans une enceinte close, au centre d’un baffle circulaire de rayon R=22,5cm. Il n’y a pas de modification de la fréquence de résonance pour le tweeter : il est monté en usine dans un caisson étanche (le caisson servirait, dans un cas réel d’enceinte deux-voies, à supprimer le court-circuit acoustique du HP de graves).
Sa courbe de réponse théorique est alors, en tenant compte du phénomène de baffle :
Courbe de réponse normalisée du tweeter Dayton monté sur un baffle circulaire
La distance parcourue par l’onde en atteignant le bord du baffle est égale aux rayon R du baffle. Le bord du baffle se comporte donc comme une deuxième source émettant à la même fréquence que le haut parleur mais avec un retard τ=R/c, durée nécessaire pour atteindre le bord du baffle en partant de son centre.
Source secondaire dp1 générée par la diffraction sur le bord du baffle
L’onde directe se propageant dans un demi-espace a pour expression au point M :
p0=2πjωρQ0⋅r0expj(ωt−kr0)
L’onde diffractée émise par une source secondaire infinitésimale de longueur dl=R⋅dφ s’écrit quant à elle:
En champ lointain, on a r1≈r0 et la différence d’amplitude due à la distance parcourue supplémentaire R est négligeable. Il vient :
dp1=D(0)⋅21⋅p0⋅exp(−jkR)2πdφ
L’intégration le long du cercle est triviale, finalement :
p1=D(0)⋅21⋅p0⋅exp(−jkR)
La pression résultante au point d’observation est donc :
p=p0+p1=p0(1+D(0)⋅21exp(−jkR))
Les ondes directes et diffractées interfèrent au point d’observation via le terme entre parenthèses ; la pression acoustique efficace est :
peff=2∣p∣=p0,eff(1+D(0)⋅21cos(kR))
Les interférences seront constructives lorsque les ondes directe et diffractée sont en phase au point d’observation, i.e. lorsque kR=m⋅2π avec m entier positif, soit λ=R/m ou encore f=mc/R. Les ondes seront en opposition de phase, générant des interférences destructives, lorsque kR=(m+21)⋅2π, soit λ=R/(m+21) ou encore f=(m+21)c/R.
Le haut-parleur devenant très directif aux hautes fréquences (ka>=4, le phénomène s’estompe :
Terme d’interférences 1+D(0)21cos(kR) pour un baffle circulaire de 22,5 cm de rayon.
Les variations de niveau sonore sont donc de l’ordre de 10 dB au maximum (la pression variant d’un facteur 3 entre 0,5 et 1,5, l’intensité sonore varie d’un facteur 9 et 10×log9=9,5.
On peut maintenant calculer l’intensité sonore I=ρcpeff2 et le niveau sonore résultant :
Courbe de réponse calculée en tenant compte de la diffraction par les bords du baffle circulaire
Le premier creux, correspondant à λ/2=R, est masqué partiellement par le phénomène de baffle (la longueur d’onde est grande, le rayonnement de l’enceinte se fait donc quasiment sur une sphère et il y a peu de diffraction). La première bosse en fin de transition baffle-step correspond à λ=R puis le creux suivant à λ=32R, etc.
Observons un agrandissement de la zone d’intérêt, en échelle linéaire de fréquence :
Agrandissement de la zone accidentée, en échelle linéaire de fréquence
Les pics sont espacés d’environ 1500 Hz, la longueur d’onde correspondante est λ=fc=22,8cm : on peut ainsi mesurer le rayon du baffle.
Notons ici que l’amplitude des variations sera amoindrie avec des arrêtes arrondies.
Observation hors-axe
On se place maintenant hors-axe, dans un direction définie par l’angle η par rapport à l’axe de symétrie du baffle :
Observation hors-axe. La direction de l’observation est définie par l’angle η mesuré dans le plan (x,y) pour lequel φ=0
Un peu de géométrie permet de voir que la différence de marche supplémentaire de l’onde diffractée par rapport à l’onde directe est δ=Rsinηcosφ, le déphasage correspondant est ϕ0=kδ.
L’onde directe a donc pour expression :
p0=D(2π−η)⋅2πjωρQ0⋅r0expj(ωt−kr0)
Et on aura au point d’observation, pour source secondaire infinitésimale dp1 :
dp1=D(0)⋅21⋅p0⋅exp(−jk(R−δ))2πdφ
L’onde diffractée par le bord du baffle est ainsi :
L’intégrale dans le dernier terme est : J0(kRsin(η)), fonction de Bessel d’ordre 0 :
p1=D(0)⋅21⋅p0⋅exp(−jkR)⋅J0(kRsin(η))
En sommant l’onde directe p0 (affectée du facteur de directivité D(2π−η) et l’onde diffractée p1, puis en calculant l’intensité sonore correspondante et en en déduisant le niveau sonore de la même manière que précédemment, on obtient les courbes suivantes :
Réponse du tweeter pour différents angles d’observation η
On constate sans surprise que la diffraction par les bords est moindre hors-axe : en effet, les différentes sources secondaires sur le pourtour du baffle ne sont plus toutes en phase. Ce calcul montre que, lorsqu’on cherche à corriger les pics et les creux dans l’axe par un filtrage numérique, on génère de fait des pics et des creux hors-axe.
Baffle rectangulaire
Penchons nous dorénavant sur le cas plus concret du baffle rectangulaire, observé dans l’axe. Sa géométrie est résumée sur la figure suivante :
Géométrie du baffle rectangulaire étudié
Nous avons gardé les dimensions du caisson utilisé dans le calcul du phénomène de baffle : L1=50cm, L2=30cm. Le tweeter est positionné aux coordonnées xt=yt=20cm.
L’expression de l’onde directe est identique à celle obtenue dans le cas du baffle circulaire, et une source infinitésimale située à la coordonnée φ engendrera au point d’observation, avec les mêmes simplifications que précédemment :
dp1=D(0)⋅21⋅p0⋅exp(−jkb(φ))2πdφ
L’intégration se fait numériquement, par morceaux pour chacune des arêtes du baffle. Par exemple, pour l’arrête supérieure, on aura :
Le terme d’interférences a l’allure donnée ci-dessous.
Terme d’interférence pour la diffraction par les bords d’un baffle rectangulaire
On en déduit comme plus haut le niveau sonore du haut-parleur monté dans le caisson :
Courbe de réponse calculée en tenant compte de la diffraction par les bords du baffle rectangulaire
Comme on pouvait s’y attendre, les effets de la diffraction par les bords du baffle sont nettement moins prononcés qu’avec un baffle circulaire (les sources secondaires ne sont en effet jamais toutes en phase avec l’onde directe). Ici, comme pour le baffle circulaire, la mesure des écarts en fréquence des différents pics permet de déduire la distance entre le haut-parleur et les bords du baffle. Par exemple, les deux pics les plus visibles sur le graphe sont espacés de 3400 Hz, ce qui correspond à une longueur d’onde de 10 cm, distance séparant le haut-parleur du haut du baffle.
L’étude de la directivité est, elle aussi, réalisée par intégration numérique en ajoutant comme dans le cas du baffle circulaire la différence de marche supplémentaire δ=b(φ)⋅sinη⋅cosφ :
Diffraction par les bords d’un baffle rectangulaire suivant la direction η d’observation
Conclusion
Nous avons vu dans cet article les conséquences sur le rayonnement acoustique du scellement d’un haut-parleur dans un caisson : augmentation de la fréquence de résonance, phénomène de baffle et diffraction par les bords du baffle.
Un moyen possible de contrer l’augmentation de la fréquence de résonance et donc de la coupure grave du haut-parleur est d’intégrer un évent dans le caisson pour réaliser une enceinte bass-reflex. Le prochain article y sera consacré.
Après avoir traité les bases de l’acoustique et le rayonnement acoustique, cet article aborde la problématique de la production d’ondes sonores avec un haut-parleur électroacoustique. Nous nous appuierons sur ce que nous y avons appris et nous utiliserons le principe de l’induction électromagnétique ainsi qu’un peu de mécanique pour comprendre le fonctionnement d’un haut-parleur électrodynamique. Le modèle que nous dresserons nous permettra d’isoler les grandeurs physiques importantes et de discuter de l’ordre de grandeur de leurs valeurs.
Fixons sur un aimant cylindrique entouré d’une bobine une structure rigide qu’on appelle saladier. Tendons maintenant une membrane de faible masse entre la bobine et le saladier, la fixation sur le saladier étant élastique, équivalente à un ressort.
Lorsque la bobine d’inductance vibre autour de sa position d’équilibre sous l’effet de la force de Laplace (voir plus bas) , elle entraîne dans son mouvement la membrane. Celle-ci, à son tour, fait vibrer l’air en fonction de son facteur de rayonnement.
Nous considèrerons dans tout cet article que le haut-parleur est monté sur un baffle infini (voir l’article précédent pour la description du modèle).
Jeu de paramètres
Un haut-parleur est décrit par un jeu de paramètres mécaniques et électriques appelé paramètres de Thiele et Small. Afin d’illustrer les différents résultats que nous obtiendrons, nous choisissons ici un haut-parleur grave-medium d’entrée de gamme Monacor SP-165PA de diamètre 16 cm dont nous indiquons les données catalogue.
Monaor SP-165PA
Surface efficace de la membrane S=137×10−4m2
Masse de l’équipage mobile (bobine + membrane) m=8,2×10−3kg)
Raideur de la suspension élastique k=4,0×103Nm−1) (on trouve fréquemment son inverse, la compliance C=1/k de la suspension en mN−1)
Résistance mécanique de la suspension α=1,2kgs−1 (coefficient de la vitesse dans l’expression de la force de frottement fluide)
Résistance de la bobine Re=6.9Ω (l’indice e se réfère aux grandeurs électriques)
Inductance de la bobine Le=0,50×10−3H
Facteur de force Bl=7,1Tm (produit du champ magnétique par la longueur de la bobine)
À quoi nous rajoutons la valeur limite du déplacement de la membrane pour laquelle la réponse est linéaire : xmax=3,75×10−3m
Equation mécanique
Force de Lorentz
Une particule chargée, de charge q, plongée dans un champ électrique E subit la force électrique Fe=q⋅E. Cette force est colinéaire au champ électrique et a même sens que lui si la particule est chargée positivement.
Une particule chargée, de charge q en mouvement à la vitesse v est plongée dans un champ magnétique B. Elle subit alors la force magnétique Fm=qv∧B, où le symbole ∧ désigne le produit vectoriel. La direction résultante de Fm est donnée par la règle de la main droite (voir figure).
Règle de la main droite
En sommant ces deux forces, on obtient la force de Lorentz qui s’exerce sur une particule chargée plongée dans un champ électromagnétique :
F=q⋅(E+v∧B)
Force de Laplace exercée sur un conducteur
Soit un circuit électrique filiforme, parcouru par un courant I, en mouvement dans un champ électromagnétique (E,B) à la vitesse V.
Toutes les particules chargées du conducteur (ions métalliques et électrons libres) sont soumises à la force de Lorentz.
Pour les ions métalliques, de charge positive, e correspondant à la charge élémentaire :
Fion=e⋅(E+V∧B)
Pour les électrons libres, de charge opposée en mouvement à la vitesse u dans le circuit :
Felec=−e⋅(E+(V+u)∧B)
Il y a autant d’ions métalliques que d’électrons libres. Toutes les contributions s’annulent sauf celle due à la vitesse propre des électrons dans le circuit. La force exercée globalement sur le circuit, appelée force de Laplace, est donc la somme de toutes les forces f=−eu∧B exercées sur chacun des électrons libres.
Cas particulier de la bobine d’un haut-parleur
Pour simplifier la suite, plaçons-nous d’ores et déjà dans la géométrie qui nous intéresse pour l’étude du haut parleur. Le conducteur est une bobine de fil de longueur totale l plongée dans un champ magnétique radial d’intensité B :
D’après la règle de la main droite, pour un courant circulant dans le sens horaire (et donc des électrons circulant dans le sens trigonométrique) toutes les forces à sommer sont donc colinéaire à l’axe central du dispositif, dirigées suivant les x croissants. C’est la convention choisie sur les haut-parleurs : la borne teintée de rouge ou indiquée “+” correspond au sens de branchement pour lequel un courant positif met l’équipage mobile en mouvement vers l’extérieur. Il nous reste à sommer les contributions f=−e⋅u⋅B⋅ex pour chacun des électrons libres (ex est le vecteur unitaire portant l’axe x).
Combien y-a-t-il d’électrons libres dans cette bobine ? Le courant étant le débit de charges, il y a n=I/e électrons qui traversent une section du circuit en une seconde. Les derniers à la traverser sont ceux qui étaient situés à une distance δ=u×1s une seconde auparavant. Si l est la longueur totale du fil, il y en a donc δl fois plus : il y a en tout N=n⋅δl=u⋅eI⋅l électrons libres. La force de Laplace exercée sur la bobine est finalement :
FL=N⋅f=u⋅eI⋅l⋅(−e)⋅u⋅B⋅ex=I⋅Bl⋅ex
Si la bobine est parcourure par un courant d’intensité constante i, la force de Laplace exercée sur elle sera donc constante elle aussi. Mais si, maintenant, on impose un courant variable i dans la bobine, on voit que la force de Laplace sera elle aussi variable. Elle poussera la bobine tantôt à droite (lorsque le courant est positif) et tantôt à gauche (lorqu’il est négatif). L’effet sera donc de faire vibrer la bobine autour de sa position d’équilibre.
L’énergie mécanique vibratoire pourra alors être transmise en partie à l’air, comme nous l’avons détaillé dans l’article précédent.
Notons enfin que la force de Laplace est proportionnelle au facteur de force Bl affiché par les constructeurs.
Principe fondamental de la dynamique
Appliquons le principe fondamental de la dynamique au système {bobine + membrane} de masse m dans le référentiel de l’aimant : m⋅a=ΣFext.
Les forces exercées suivant l’axe x sont :
la force de rappel −k⋅x due à la fixation élastique, qui ramène le système vers sa position d’équilibre ;
une force dissipative de frottements fluides proportionnelle à la vitesse du système −α⋅vx=−α⋅x˙ ;
la force de Laplace Bl⋅i exercée sur la bobine ;
les forces de pression −pavantS et parrieˋreS dues à la pression de l’air sur les faces de la membrane. Ces forces caractérisent le rayonnement acoustique du haut-parleur.
Nous avons vu que les forces de pression pouvaient s’écrire : ZR⋅x˙, avec ZR=RR+jωmR l’impédance de rayonnement. Les expressions de la résistance de rayonnement RR et de la masse de rayonnement mR sont, pour un piston encastré dans un plan infini, dans l’approximation des basses fréquences :
RR≈ρcSσ=2πcρ0S2ω2etmR≈38ρ(πS)3/2
Pour le haut-parleur Monacor pris en exemple, on obtient :
RR≈1,0×10−7ω2kgs−1etmR≈0,9g
La résistance de rayonnement est donc négligeable devant la résistance mécanique jusqu’à ω≈103rads−1. L’expression utilisée n’est de toute manière valable qu’aux basses fréquences. La masse de rayonnement quant à elle implique une faible correction de l’ordre de quelques pourcents.
Contrairement au modèle du piston solide, la membrane du haut-parleur est en contact avec l’air des deux côtés du baffle : masse de rayonnement et résistance de rayonnement sont à prendre en compte pour le rayonnement avant et pour le rayonnement arrière.
On obtient donc l’équation différentielle relative à la position de la bobine (équation mécanique du haut-parleur) :
(m+2mR)⋅x¨=−k⋅x−(α+2RR)⋅x˙+Bl⋅i
Equation électrique
Force électromotrice induite
Lorsqu’un circuit est mobile dans un champ magnétique, la force magnétique exercée sur les électrons libres va les mettre en mouvement. Un courant induit apparaît donc spontanément dans le circuit. On appelle force électromotriceuind la différence de potentiel expliquant l’apparition de ce courant électrique. Nous établirons dans ce paragraphe l’expression de la f.e.m. induite dans la bobine d’un haut parleur en mouvement dans le champ magnétique de l’aimant.
Dans le référentiel de l’aimant, il règne dans l’entrefer un champ magnétique B radial. Lorsque la bobine est en mouvement à la vitesse V, les électrons libres subissent une force de Lorentz F=−e⋅V∧B. D’après la règle de la main droite, cette force aura tendance à mettre les électrons en mouvement dans le sens trigonométrique, et donc à générer un courant positif dans la bobine. En appelant u le vecteur unitaire dirigé en chaque point de la bobine dans le sens d’une intensité positive : F=e⋅V⋅B⋅u.
Plaçons nous maintenant dans le référentiel de la bobine. On vient de voir que des électrons initialement immobiles se mettront en mouvement dans le sens horaire. Ils sont donc soumis à l’effet d’un champ électrique E′ qui s’écrit, par définition :
E′=qF=−ee⋅V⋅B⋅u=V⋅B⋅u
La force électromotrice induite est égale à la circulation du champ électrique entre les deux extrémités de la bobine ;
uind=∫0lE′⋅dl=−V⋅Bl
Loi des mailles
La loi des mailles donne :
u(t)+uind(t)=uR+uL⟺R⋅i+L⋅dtdi=u(t)−Bl⋅x˙
Cette équation est appelée équation électrique du haut-parleur. Elle est donc, sans surprise, l’équation d’un circuit R,L en régime forcé. Mais la tension forçant le circuit contient deux termes : la tension imposée et la f.e.m. due à la vitesse de la bobine.
Impédance
Solution en régime sinusoïdal forcé
Nous avons vu que la résistance de rayonnement est faible devant le coefficient de frottement mécanique : RR≪α. Nous négligerons donc le terme contenant RR dans cette section qui ne traite que du comportement électrique du haut-parleur.
Un haut-parleur est donc régi par deux équations :
{(m+2mR)⋅x¨+α⋅x˙+k⋅x=Bl⋅iR⋅i+L⋅dtdi=u(t)−Bl⋅x˙
Ces deux équations sont couplées, puisque l’équation mécanique contient la variable électrique i et que l’équation électrique contient la variable mécanique x. Les coefficients de couplage sont respectivement Bl et −Bl : ils sont opposés.
Recherchons des solutions particulières de ces équations en imposant un régime sinusoïdal. Un son plus complexe sera décrit par un ensemble de fréquences, et donc par une somme de sinusoïdes, comme expliqué ici. Imposons donc dans l’équation mécanique une intensité sinusoïdale i=I⋅exp(jωt). Nous utilisons ici la notation complexe.
Injectons maintenant dans l’équation une solution sinusoïdale pour x, c’est à dire une solution s’écrivant sous la forme x=X⋅exp(jωt). On obtient :
[(m+2mR)(jω)2+jωα+k]⋅X=Bl⋅I
En opérant de la même manière pour l’équation électrique :
U−Bl⋅X˙=(R+jωL)I
Eliminons X de la deuxième équation en utilisant la première :
X˙=(m+2mR)(jω)2+jωα+kjω⋅Bl⋅I
U=(R+jωL+(m+2mR)(jω)2+jωα+kj⋅ω⋅(Bl)2)I
Où l’impédance électrique du haut-parleur Z=U/I apparaît :
Z=R+jωL+(m+2mR)(jω)2−jωα+kjω⋅(Bl)2
Le terme R+jωL est l’impédance électrique classique d’une bobine, le deuxième terme est dû au mouvement de la bobine dans le champ magnétique de l’aimant et est appelé impédance motionnelle :
Zmot=(m+2mR)ω2−jωα−kjω⋅l2⋅B2
Circuit électrique équivalent
Remarquons maintenant que l’impédance motionnelle peut s’écrire :
On reconnait ainsi l’association en parallèle d’un condensateur de capacité Cmot, d’un résistor de résistance Rmot et d’une bobine d’inductance Lmot.
Pour le haut-parleur utilisé en exemple, on obtient :
Cmot=198µF
Rmot=42,0Ω
Lmot=12,6mH
Prenons un instant pour comprendre l’origine physique de ces trois effets. La masse en mouvement permet le stockage d’énergie (du fait de l’inertie) comme une bobine stocke de l’énergie magnétique lorsque des charges la traversent. Les forces de frottement dissipent de l’énergie comme le fait une résistance par effet Joule. Enfin, la raideur du ressort permet, par la force de rappel, le stockage d’énergie élastique, comme un condensateur stocke de l’énergie électrique par accumulation de charges.
Le schéma électrique équivalent d’un haut-parleur est finalement :
Schéma électrique équivalent d’un haut-parleur
La résonance du circuit motionnel Rmot,Lmot,Cmot en parallèle se produit à la pulsation
Dans notre exemple, ω0=606rads−1 soit f0=96Hz. Le pic du module d’impédance est ∣Z∣max=Re+Rmot=49Ω.
Deux faits importants à noter ici :
Le pic d’impédance à la fréquence de résonance f0=2πω0 implique que le haut-parleur ne peut pas générer de son de fréquence inférieure. Cette fréquence constitue donc la limite basse de la bande passante. En effet, bien que commercialisé en affichant sa puissance, un amplificateur est bien un amplificateur de tension. Or la puissance est P=∣Z∣U2: elle s’effondre en s’approchant du pic d’impédance.
Aux basses fréquences, l’impédance électrique du haut parleur est quasiment résistive : Ze=Re+jωLe≈Re. Mais lorsque la pulsation s’approche de la valeur ω=Re/Le (dans notre exemple proche de 14000rads−1), les effets inductifs commencent à apparaître et l’impédance remonte.
Entre ces deux valeurs, le module de l’impédance passe par un minimum Z, qui est l’impédance affichée par le constructeur.
Seules les performances acoustiques d’un haut-parleur sont, in fine, d’intérêt. L’étude électrique a cependant d’intéressant que la mesure de la courbe d’impédance, plus simple à réaliser avec précision qu’une mesure acoustique, permet de déterminer certaines caractéristiques acoustiques du haut-parleur (résistance motionnelle, pulsation de résonance).
Rayonnement acoustique
Circuit acoustique équivalent
Repartons maintenant de l’équation mécanique et de l’équation électrique et éliminons le courant de l’équation mécanique. On obtient sans difficulté :
Il s’agit d’une égalité entre termes de la dimension d’une force, soit une énergie par unité de longueur. En divisant par la surface du haut-parleur S, on obtient donc une égalité entre pressions (le Pascal est une énergie par unité de volume):
On obtient alors une équation “électrique” décrivant une association en série de quatre résistances, un condensateur et une bobine :
Pg=(Rae+Ras+jωCas1+jωMas+Rar,1+Rar,2)⋅Q
Avec :
L’équivalent de la tension est la pression excitatrice pg=Pgexp(jωt) avec Pg=S⋅Re(Bl)⋅U, exprimée en Pascals.
Le courant correspondant est le débit q=Qexp(jωt), en m3/s
Les résistances acoustiques sont, en Pa⋅s/m3:
Rae=S2Re(Bl)2 (pertes électriques dans la bobine)
Ras=S2α (pertes par frottements)
La compliance acoustique (équivalent d’une capacité) est, en m3/Pa : Cas=kS2. La compliance, très utilisée en acoustique, est l’inverse de la raideur.
La masse acoustique (équivalent d’une inductance) est, en kg/m4 : Mas=S2m+2mR
Les résistances acoustiques de rayonnement avant Rar,1=S2RR et arrière Rar,2=Rar,1
L’indice s suivant l’indice “acoustique” a correspond au haut-parleur (speaker) seul. Nous le changerons pour un b (box) lorsqu’il sera encastré dans un caisson et que les grandeurs correspondantes en seront modifiées.
On peut maintenant résoudre le problème physique par analogie avec un circuit électrique. Le circuit équivalent est le suivant :
Circuit électrique équivalent à un haut-parleur dans l’analogie électro-acoustique
Débit acoustique
Nous pouvons ici aussi, compte tenu du faible rendement des haut-parleurs,négliger les résistances de rayonnement dans le calcul du débit du haut-parleur. La fonction de transfert du haut-parleur s’écrit alors :
C’est la fonction de transfert d’un oscillateur amorti par les termes résistifs, qui se comporte donc comme un filtre passe-bande. Sa pulsation de résonance est : ωs2=1/(CasMas)=k/(m+2mR)=ω02. La résonance du débit a donc lieu a la fréquence correspondant au pic d’impédance électrique.
Posons :
ν=ω/ωs la pulsation réduite ;
Qes=ωsCasRae1 le facteur de qualité électrique (pour le Monacor étudié Qes=1,11) ;
Qms=ωsCasRas1 le facteur de qualité mécanique (pour le Monacor : Qms=5,0).
L’expression du débit devient :
Q=(jν)2+jν(Qes1+Qms1)+1jν⋅ωsCasPg
Posons enfin Qts le facteur de qualité total tel que Qts1=Qes1+Qms1 (pour l’exemple, on a Qts=0,91 ):
Q=(jν)2+Qtsjν+1jν⋅ωsCasPg
Puissance rayonnée
On sait que :
Par=RRVeff2=S2RRQeff2=2S2RR∣Q∣2
Par ailleurs RR=ρ0cSσ. Il vient :
Par=2Sρ0cσ∣Q∣2
Nous sommes ici en approximation basse fréquence vis à vis des caractéristiques du haut-parleur (ω≪LeRe). Les basses fréquences vis à vis des caractéristiques acoustiques sont définies par ka≪1⟺ω≪ac (a étant le rayon du haut-parleur).
Pour notre exemple, on a a=S/π=0,066m : ω≪ac≈5000rad⋅s−1≈800Hz
Ces deux approximations sont donc du même ordre de grandeur. Dans leur respect (f<300Hz), le facteur de rayonnement du haut parleur bafflé est bien, comme on l’a déjà utilisé plus haut, σ≈2a2k2=2πc2Sω2. Il vient :
Par=4πcρ0ω2∣Q∣2
La courbe de réponse du haut-parleur en basse fréquence est alors, en injectant l’expression de l’amplitude du débit :
Sous la forme a+jb, la fonction de transfert s’écrit :
HP=ν4+ν2(−2+Qts21)+1Qtsν3+jν2(1−ν2)
Le carré de son module est :
∣HP∣2=ν4+ν2(−2+Qts21)+1ν4
À basse fréquence ν→0, un développement limité donne : ∣HP∣2≈ν4. Le comportement asymptotique du niveau sonore est donc une droite de pente 12 dB/octave (la puissance est en effet multipliée par 24=16 lorsque la fréquence double).
L’allure du carré du module de la fonction de transfert est la suivante :
Carrédu module de la fonction de transfert ∣HP∣ pour différents facteurs de qualité totaux Qts
On voit sur l’expression précédente qu’il n’y aura de résonance (courbes rouge et violette ci-dessus) que si −2+Qts21<0⟺Qts>1/2. Un bon haut-parleur assurera une transition douce vers les graves et ne présentera donc pas de pic de puissance prononcé : il aura un facteur de qualité maximal Qts≤21.
La coupure à 3dB se produit pour ∣HP∣2=21, soit pour :
ν32=(2Qts21−1)+1+(2Qts21−1)2
En valeurs numériques :
Qts=0,3ν3=9.2
Qts=0,5ν3=2.4
Qts=0,7ν3=1,0
Qts=0,9ν3=0,7
Qts=1,2ν3=0,6
Pour qu’il assure aussi une puissance maximale jusqu’à la coupure (au contraire des courbes bleue et orange qui s’effondrent tôt), un bon haut parleur aura donc un facteur de qualité total proche de Qts≈1/2≈0,7 (courbe verte).
Notre haut-parleur d’étude, de Qts≈0,9, est proche de la courbe rouge. Du point de vue de la coupure à -3 dB dans les basses, il est plutôt bon. De celui d’une transition douce vers le basses, ce n’est pas un excellent choix.
Rendement
Le rendement du haut-parleur est :
η=PePar
où Pe=∣Z∣Ueff2 est la puissance électrique consommée par le haut-parleur. Ces grandeurs dépendant de la fréquence, le rendement sera évalué au minimum du module d’impédance, pour lequel ∣Z∣≈Re et ∣HP∣=1. Alors :
η0=4πcρ0Ueff2/Re(ωs2CasPg)2
En développant l’expression de la pression d’excitation, il vient :
Expression qui devient, en fonction uniquement de données constructeur :
η0=2πRecρ0(m+2mRS(Bl))2
L’application numérique pour le woofer étudié donne : η0=0,8%.
Le rendement d’un haut-parleur est généralement inférieur à 1%, ce qui justifie d’une autre manière d’avoir négligé dans les calculs précédents la résistance de rayonnement.
Niveau sonore, sensibilité
En champ lointain, le rayonnement de la membrane est isotrope. L’intensité sonore à une distance r s’obtient donc en divisant la puissance acoustique par la surface de la demi-sphère sur laquelle se dilue l’énergie :
I=2πr2Par=8π2cρ0(rωs2CasPg)2∣HP∣2
Le niveau sonore est, par définition :
L=10logI0I
La sensibilitéL1 d’un haut-parleur est le niveau sonore obtenu à une distance de r0=1m du haut-parleur lorsqu’il est alimenté par une tension efficace Ueff=2,83V (qui correspond, pour une impédance de 8Ω, à une puissance électrique moyenne Pe=Ueff2/Z=1W). La sensibilité est évaluée dans la plage de fréquence où le haut-parleur est le plus efficace (∣HP∣=1).
Comme pour la puissance, il n’y aura donc pas de résonance pour un bon haut-parleur de facteur de qualité total égal ou très proche de 1/2. Dans ce cas, le maximum de déplacement est à ν=0 :
Module de la fonction de transfert ∣HX∣ pour différents facteurs de qualité totaux Qts
Valeurs maximales
Tension et puissance électrique
Le déplacement efficace du haut parleur est fonction de la tension imposée par l’amplificateur (présente dans l’expression de la pression d’excitation Pg). La tension maximale admissible correspond donc à la tension pour laquelle le haut-parleur atteint son élongation linéaire maximale xmax.
Mais à quelle fréquence faire ce calcul ?
D’un côté, le déplacement est maximal aux basses fréquences
De l’autre, nous avons vu que la puissance s’effondre en attaquant le pic d’impédance du haut parleur.
On peut alors estimer la tension maximale nécessaire en faisant le calcul à la moitié du pic de l’impédance motionnelle : on sélectionne ωp tel que ∣Zmot∣(ωp)=2∣Z∣mot,max.
Choix de la fréquence pour le calcul de la puissance maximale
L’expression de l’impédance motionnelle peut se mettre sous la forme :
On trouve pour le woofer Umax=22V. La puissance maximale demandée à l’amplificateur est alors Pe,max=ReUmax2=68W. Cette dernière est calculée non pas au pic d’impédance mais à sa valeur minimale ≈Re. La fiche du haut-parleur indique 50WRMS et 100W en crête, mais elle ne correspond qu’à des critères électriques et non acoustiques.
Niveau sonore maximal
On peut maintenant recalculer le niveau sonore avec la tension crête maximale que l’on vient d’obtenir :
Lmax=10log2πI0Umax2/2+10logReη0
Pour notre woofer, on obtient Lmax=112dB. Comme nous le verrons dans le prochain article, et comme beaucoup d’autres résultats obtenus ici, cette valeur sera modifiée lorsqu’il sera placé dans un caisson.
Hautes fréquences
La puissance rayonnée a été calculée dans l’approximation des basses fréquences. Nous avons en effet utilisé le développement limité du facteur de rayonnement pour ka≪1, ce qui correspond à une fréquence limite pour notre exemple f≪830Hz. De plus, la résistance de rayonnement aux hautes fréquences ne sera plus négligeable devant la résistance mécanique. Enfin, a découlé de l’approximation basse fréquence l’émission quasi-isotrope du haut parleur, et nous avons donc négligé sa directivité.
Tous les calculs précédents ne sont donc valables, comme on l’a déjà dit, que pour des fréquences inférieures à quelques centaines de Hertz. Mais le haut-parleur que nous étudions est annoncé pouvoir émettre de 93 Hz (sa fréquence de résonnance) à 5500 Hz.
Comparons le modèle que nous avons élaboré (en rouge) à la courbe de réponse mesurée du haut-parleur :
Courbe de réponse mesurée du haut-parleur Monacor en noir, courbe calculée dans l’approximation des basses fréquences en rouge. Le repère vertical bleu correspond à ka=1, le repère vertical rouge correspond à la fréquence maximale d’utilisation indiquée par le fabricant. La droite jaune modélisant la coupure a une pente de 24 décibels par octave.
Si le modèle explicité dans cet article est très efficace pour déterminer les propriétés d’un haut-parleur aux basses fréquences, il s’avère insuffisant pour caractériser sa fréquence de coupure haute et les “accidents” parfois prononcés apparaissant sur la courbe de réponse. Le SP-165PA présente par exemple une chute brutale du niveau sonore autour de 1 kHz, puis des oscillations qui apparaissent au delà de 3 kHz.
Que peut-on prévoir du rayonnement du haut-paleur au delà de l’approximation des basses fréquences ? Ce sera l’objet d’un prochain article d’apporter des éléments de réponse.
Conclusion
Nous avons présenté dans cet article un modèle du haut-parleur électrodynamique encastré dans un baffle infini, permettant de comprendre les phénomènes à l’oeuvre derrière la courbe de réponse et de calculer précisément cette courbe à basse fréquence. Le domaine des basses fréquences est particulièrement utile pour prévoir la fréquence de coupure basse du haut-parleur, la puissance électrique requise, et le niveau sonore maximal attendu.
Dans le prochain article, nous verrons comment sont modifiées ces grandeurs lorsqu’on encastre le haut-parleur dans un caisson pour fabriquer une enceinte acoustique.
Après avoir introduit les bases de l’acoustique, nous nous intéresserons dans cet article au rayonnement d’énergie acoustique. Nous verrons comment utiliser les formules d’acoustique déjà établies pour calculer l’intensité sonore générée par un solide en vibration. Nous nous concentrerons sur les trois cas dont nous aurons besoin pour comprendre, plus tard, le rayonnement acoustique d’un haut-parleur : la sphère pulsante, le dipôle acoustique, et le piston encastré.
La source considérée ici est une sphère solide de rayon R dont la surface oscille à la vitesse uniforme V=V0exp(jωt). L’amplitude des oscillations est supposée faible par rapport au rayon R. La pression de l’air est ainsi perturbée et une onde sonore sinusoïdale se propage.
Modèle de la sphère pulsante
La symétrie du problème indique que les grandeurs acoustiques ne dépendent que du temps et de la distance r entre l’origine et le point considéré. Les ondes sonores émises par la sphère pulsante sont donc sphériques.
Pression et vitesse acoustiques
Les formules correspondantes dans le cas des ondes sphériques sont :
p=rAexp[j(ωt−kr)]
ur=(1−krj)ρ0cp
À l’interface entre la sphère et l’air, la vitesse de l’air est égale à celle de la surface de la sphère. La constante A peut donc être déterminée. Injectons l’expression de la pression dans celle de la vitesse pour r=R, et égalisons avec l’expression de la vitesse de la surface de la sphère :
Remarquons que cette “constante” dépend de la fréquence de vibration de la source !
La pression acoustique est donc :
p=jωρ0R2V01+jkRexp(jkR)rexp[j(ωt−kr)]
On définit maintenant le débitQ de la source comme le volume déplacé lors de ses vibrations par unité de temps : Q=Q0exp(jωt)=4πR2V. L’expression de p devient :
Il est difficile de concevoir un haut-parleur dont la membrane est une sphère, et on pourrait douter de l’importance du calcul précédent … Cependant, le modèle de la sphère pulsante nous sera d’une grande utilité pour les deux raisons suivantes :
Lorsque les longueurs d’onde sont grandes par rapport aux dimensions de l’enceinte, il est vérifié expérimentalement que le rayonnement acoustique produit est très proche de celui d’une sphère pulsante. On peut le vérifier facilement en tournant autour d’une enceinte : les basses fréquences sonnent aussi clairement à l’arrière qu’à l’avant, ce qui n’est pas le cas des aigus.La sphère pulsante est donc un bon modèle pour les graves d’un enceinte, même si seule une partie de la surface de la sphère vibre. Pour les dimensions des radios TSF que nous utilisons, de l’ordre de 50 cm, on pourra décrire correctement par ce modèle des longueurs d’onde supérieures à 1,5m, ce qui correspond en gros à des fréquences inférieures à 200 Hz.
Enfin, en vertu du principe d’Huygens-Fresnel, on pourra décrire plus bas une source vibrante complexe (la membrane d’un haut-parleur) en la considérant comme une somme de sources élémentaires sphériques.
Remarquons que, dans ces deux applications, les dimensions R de la source sont faibles (relativement pour la première, infinitésimale pour la deuxième). On peut donc simplifier les expressions en faisant tendre le rayon de la sphère vers zéro pour obtenir les expressions du monopôle acoustique :
Nous avons déjà montré que, pour une onde sphérique : I=ρ0cpeff2
Ainsi, l’intensité sonore de l’onde produite par un monopôle acoustique est :
I=2cρ0(4πrωQ0)2
Comme nous l’avions déjà signalé en parlant de l’atténuation géométrique, l’intensité sonore décroît comme le carré de la distance à la source. L’énergie émise se dilue en effet sur une surface qui augmente comme le carré de la distance.
Le niveau sonore généré par le monopôle en découle :
où, après la dernière égalité, les seules grandeurs variables sont regroupées dans le dernier terme.
Enfin, la puissance acoustique Ps émise par la source est calculable en sommant l’intensité sonore sur une sphére centrée sur la source de rayon r′ quelconque :
Pac=4πr′2I(r′)⟺Pac=8πcρ0(ωQ0)2
Impédance de rayonnement
Expression
Retournons à la sphère pulsante de rayon R non infinitésimal. En vibrant, elle génère des variations de pression de l’air dans son voisinage. Ces variations de pression génèrent, à leur tour, une force sur la surface de la source. Il y a donc un phénomène de couplage entre la source et le milieu qu’elle perturbe.
Cette force s’écrit naturellement : f=−p(R)⋅S
où S=4πR2 est la surface de la sphère pulsante, et où le signe négatif provient du fait que la force exercée par l’air est dirigée vers les r décroissants.
On a vu que le modèle de la sphère pulsante n’était valide qu’aux basses fréquences, soit kR≪1. Un développement limité au premier ordre mène à (1+jkR)−1≈1−jkR :
La force exercée par l’air sur la structure vibrante est ainsi :
f=[−cρRSω2−jωρ0RS]V
On définit l’impédance de rayonnementZray comme le rapport de la force f′=−f exercée par la surface vibrante sur l’air sur la vitesse acoustique u(R)=V(R) générée :
ZR=u−f=cρRSω2+jωρ0RS
Cette grandeur traduit la résistance qu’a l’air à vibrer sous l’action de la force.
Masse et résistance de rayonnement
Remarquons enfin que jωV0exp(jωt) correspond à l’accélération a d’un point de la surface vibrante, de sorte que la force peut s’écrire :
f≈−ρ0RSa−cρ0R2ω2SV
Le coefficient ρ0RS de l’accélération est homogène à une masse qu’on nommera masse de rayonnementmR. Le deuxième terme, quant à lui, est une force de frottement fluide du type −RRV. RR=cρ0R2ω2S est appelée la résistance de rayonnement.
Ainsi, lorsqu’on cherchera l’équation du mouvement de l’équipage mobile d’un haut parleur, la deuxième loi de Newton s’écrira :
ma=Σ(autres forces)+f
⟺(m+mR)a=Σ(autres forces)−RRV
La masse de rayonnement s’interprète comme une masse d’air se mouvant de concert avec la source vibrante. La résistance de rayonnement quant à elle est le coefficient de frottement traduisant la conversion d’énergie mécanique en énergie acoustique : elle explique le rayonnement acoustique de la structure.
Avec ces notations, l’impédance de rayonnement s’écrit :
ZR=RR+jωmR
où
RR=4πcρ0S2ω2mR=ρ02πS3/2
Si la masse de rayonnement de la sphère pulsante a la bienveillance d’être constante, il n’en est pas de même pour la résistance de rayonnement qui varie comme le carré de la pulsation. On voit sur son expression que la conversion d’énergie mécanique de vibration de la source en énergie acoustique se fera très mal à basses fréquences. Voyons cela en détail.
Facteur de rayonnement
Le facteur de rayonnement σ quantifie le rendement de la conversion d’énergie mécanique de vibration en énergie acoustique. On le définit par la relation :
σ=ρ0cSVeff2Pac
où le dénominateur correspond à la puissance acoustique de l’onde plane générée par un plan infini en vibration à la même vitesse, mesurée sur une surface égale à celle de la source. Or, pour la sphère pulsante, nous avons vu plus haut que :
Pac=8πcρ0ω2S2V02
Ainsi, le facteur de rayonnement d’une sphère pulsante est :
σ=4πc2Sω2=R2k2
L’efficatité du transfert de puissance varie donc comme le carré de la pulsation : elle sera faible dans les basses, comme cela a déjà été signalé.
Notons que la résistance acoustique peut s’écrire en fonction du facteur de rayonnement :
RR=ρ0cSσ
Un fait important est à signaler ici. Une seule caractéristique du haut-parleur intervient dans la résistance acoustique et le facteur de rayonnement : son diamètre (et donc sa surface). En terme d’efficacité du transfert d’énergie mécanique de vibration vers l’énergie acoustique, le diamètre du haut-parleur est donc le seul facteur sur lequel on peut jouer.
Pour compenser une faible efficacité du transfert avec un petit haut-parleur, certains fabricants proposent d’augmenter la vitesse à laquelle vibre la membrane. Pour une même fréquence de vibration, cela consiste à augmenter l’excursion de la membrane du haut-parleur. Mais il faut bien voir que, dans la formule donnant la puissance acoustique, la surface est au carré et donc le diamètre à la puissance quatre : pour obtenir une puissance identique avec un haut-parleur de diamètre deux fois plus faible, il faudrait augmenter l’excursion maximale d’un facteur quatre. En regardant les caractéristiques des haut-parleurs “à grande excursion”, on se rend compte qu’ils sont loin de pouvoir rivaliser avec de grands haut-parleurs en terme de rendu de basse.
Puissance acoustique rayonnée
Nous pouvons maintenant retrouver l’expression de la puissance émise à partir des résultats précédents. La force de frottement fluide −RRV décrite par la résistance de rayonnement est responsable de l’émission d’ondes acoustiques.
La puissance acoustique s’obtient en prenant le produit scalaire de la force exercée par la source sur l’air avec la vitesse de l’air à l’interface, sa moyenne est donc :
En injectant l’expression de la résistance de rayonnement, on retrouve l’expression déjà calculée plus haut :
Pac=cρ0R2ω2S2V02=8πcρ0(ωQ0)2
Le dipôle acoustique
Description
On obtient un dipôle acoustique en plaçant à une faible distance L≪λ l’un de l’autre deux monopôles vibrant en opposition de phase. On voit ici l’intérêt de la modélisation dans ce blog : lorsque la membrane d’un haut-parleur se déplace vers la droite, elle génère une surpression à droite et une dépression à gauche. Un haut-parleur non monté dans un caisson se comporte donc comme un dipôle.
Modèle du dipôle acoustique
La belle et simple symétrie sphérique du monopôle fait donc place à une symétrie cylindrique : les grandeurs physiques dépendront ici, en plus de la coordonnée r, de la coordonnée θ.
Les deux sources en opposition de phase génèreront des interférences. En particulier, on peut déjà voir que, si l’observateur se place à θ=2π, il recevra au même instant les contributions opposées des deux monopôles : l’intensité sonore sera nulle.
Avant de rentrer dans les détails, voyons les conséquences dramatiques en terme de basses pour les haut-parleurs. Pour que la pression acoustique soit maximale, plaçons l’observateur sur l’axe y. Pour les grandes longueurs d’onde, la différence de marche entre les deux ondes sera faible : les ondes acoustiques générées par les deux monopôles s’annuleront presque en totalité. L’exemple ci-dessous indique le résultat de cette superposition pour une onde de fréquence f=50Hz et une distance L=5cm. Les courbes en pointillé indique la pression qu’on observerait avec chacun des monopôles émettant seul, la courbe verte est le résultat de la superposition des ondes acoustiques.
Superposition des ondes acoustiques émises par les deux monopôles accolés
La pression acoustique est divisée par 20 entre le monopôle est le dipôle dans cet exemple : le niveau sonore produit par le dipole est donc 20log20=26dB en deça de celui produit par un monopôle de même débit !
Pression acoustique
Nommons Q+=Q0exp(jωt) et Q−=−Q0exp(jωt) les débits acoustiques des deux sources, opposés puisqu’elles vibrent en opposition de phase. La pression acoustique obtenue est bien sûr la somme des pressions acoustiques provenant de chacun des monopôles :
Exprimons maintenant r+−r− en s’appuyant sur le schéma ci-dessous et sur le bon vieux théorème de Pythagore.
En notant (x,y) les coordonnées cartésiennes du point Md’observation :
r+2−r−2=(x2+(y+2L)2)−(x2+(y−2L)2)=2Ly=2Lrcosθ
Par ailleurs : r+2−r−2=(r+−r−)(r++r−)≈2r(r+−r−) d’où r+−r−≈Lcosθ.
Il vient alors pour la pression acoustique :
p=−4πjωρ0Q0⋅Lcosθ(r21+rjk)exp(−jkr)exp(jωt)
Soit :
p=4πrk2ρ0cLQ0cosθ(1+jkr1)exp[j(ωt−kr)]
Contrairement au rayonnement du monopôle, deux termes apparaissent ici : un terme en 1/r2 dominant en champ proche (kr≫1), et un terme en 1/r dominant en champ lointain (kr≪1). La limite définissant le champ lointain dépend bien sûr de la fréquence. Mais, pour une distance typique d’écoute de 3m, à 40 Hz :
kr=cωr=c2πfr=3432π×40×3=2,19>1
La contribution du champ proche sera donc faible pour les graves et totalement négligeable pour les aigus : nous sommes davantage intéressés par le champ lointain pour lequel
pCL=4πrk2ρ0cLQ0cosθexp[j(ωt−kr)]
Vitesse acoustique
Nous partons comme d’habitude de l’équation d’Euler linéarisée :
ρ0jω⋅u=−∇p
avec en coordonnées cylindriques ∇=∂r∂er+r1∂θ∂eθ.
Seule la coordonnée radiale de la vitesse acoustique est à prendre en compte dans le calcul, puisque l’intensité sonore correspond à la puissance traversant une surface unité orthogonale à la direction de propagation de l’onde. Tous calculs faits, on obtient :
I=21ℜ(pur∗)=2c3ρ0(4πrω2LQ0)2cos2θ
Le niveau sonore s’en déduit comme d’habitude :
L=10log(I0I)
Le diagramme de rayonnement d’un dipôle acoustique est représenté ci-dessous:
Diagramme de rayonnement acoustique d’un dipôle de séparation L = 5cm (en vert) à une fréquence de 50Hz comparé à un monopôle de même débit (en rouge). Le dipôle est porté par l’axe vertical, comme sur les figures précédentes. Le niveau sonore est représenté, les cercles concentriques donnent les niveaux à +18, -3, -18 et -36 dB. Le niveau baisse de 3dB autour de 45° : l’intensité sonore est alors divisée par deux.
Puissance acoustique
On l’obtient par intégration de l’intensité sonore sur une sphère centrée sur l’origine, l’élément de surface en coordonnées sphériques étant : dS=sin(θ)r2dθdϕ :
Pac=∫02π∫0πI(r)sin(θ)r2dθdϕ
⟺Pac=16πρ0c(k2LQ0)2∫0πcos2(θ)sin(θ)dθ
⟺Pac=24πc3ρ0cω4(LQ0)2
Elle dépend, comme l’intensité acoustique, de la puissance 4 de la pulsation, alors que l’expression de la puissance acoustique pour le monopôle variait comme ω2.
La comparaison des deux expressions, à débits identiques, mène à :
PdipoˆlePmonopoˆle=(kL)23
Aux basses fréquences, ce rapport est grand : le dipôle est nettement moins efficace que le monopôle pour transférer son énergie à l’air. Ce résultat était déjà bien visible sur le diagramme de rayonnement.
Cela est dû, comme on l’a déjà dit, aux interférences destructives entre les deux ondes sonores. Pour un haut-parleur non monté, qui se comporte donc comme un dipôle, on parle de court-circuit acoustique pour décrire ce phénomène de réduction sensible de la puissance dans les graves : on voit bien la nécessité d’insérer le gaut-parleur dans un caisson pour supprimer l’onde arrière. Nous y reviendrons dans un article sur les enceintes closes.
Le piston circulaire bafflé
Description
Nous établirons ici un modèle du rayonnement d’une membrane de haut-parleur. Afin de se débarrasser de l’onde arrière et du court-circuit acoustique associé, la membrane sera considérée encastrée dans un plan (y,z) infini. Les fabricants d’enceintes diront que le haut-parleur est bafflé.
La membrane elle même sera modélisée comme un piston circulaire de rayon a et de surface S=πa2 et sera à ce titre considérée comme plane et indéformable. De cette manière, tous les points de la membrane auront la même vitesse V(t)=V0exp(jωt) et vibreront donc en phase.
Enfin, nous nous limiterons au calcul en champ lointain : on supposera kr≫1.
La situation étant symétrique par rotation autour de l’axe (Oy), il suffira de calculer les grandeurs acoustiques mesurées par des observateurs M situés dans le plan (y,z), dont les coordonnées polaires sont M(r,θ).
Ce modèle est résumé sur la figure suivante :
Modèle du piston bafflé
Nous discuterons des limites de cette modélisation en fin de section.
Principe de Huygens-Fresnel
Nous avons ici à calculer les grandeurs acoustiques dues à une source étendue. La démarche pour attaquer un tel problème est la même qu’en optique pour l’étude de la diffraction. Le principe de Huygens-Fresnel stipule qu’une source étendue de surface S peut être décomposée en sources élémentaires sphériques de surfaces élémentaires dS. Les grandeurs acoustiques mesurées en M seront la somme des contributions des sources élémentaires.
Nous disposons déjà des sources élémentaires sphériques : il s’agit bien évidemment des monopôles acoustiques. Une subtilité s’introduit cependant ici. Les monopoles émettent sur la surface supposée parfaitement rigide du piston : l’onde émise vers le demi-espace y<0 est donc réfléchie vers l’avant de la membrane. Ainsi, la pression et la vitesse acoustiques mesurées à l’avant de la membrane seront deux fois plus importantes, tandis qu’elles seront nulles à l’arrière.
La formule de la pression acoustique établie en début d’article devient :
p=2πjωρ0V0dS⋅rexp[j(ωt−kr)]
Pression acoustique
Notations pour le calcul de la pression acoustique
Il s’agit donc d’intégrer au point d’observation M l’ensemble des contributions des sources élémentaires repérées par leurs coordonnées polaires (l,ψ) dans le plan (x,z) :
p=2πjωρ0V0exp(jωt)∫02π∫0auexp(−jku)ldldψ
Dans l’approximation du champ lointain M est à l’infini, u et r sont donc quasiment colinéaires. La figure ci-dessous représentant le plan contenant l’origine, M et dS permet de voir que u≈r−lcosδ.
Calcul de u en fonction de r et δ
Par ailleurs, les relations de trigonométrie sphérique permettent d’écrire : cosδ=cosθcosψ. L’expression de la pression devient :
Nous venons de tomber sur des fonctions de BesselJn régulièrement rencontrées en physique dans des problèmes à symétrie cylindrique, et dont les résultats sont connus :
avec D(θ)=kacosθ2J1(kacosθ) le facteur de directivité.
On retrouve l’expression de la pression acoustique pour un monopole émettant dans un demi-espace assorti dufacteur de directivité dépendant de θ. Contrairement au dipôle, la directivité dépend ici de la fréquence de l’onde émise. L’allure du terme D(θ) est donné sur la figure suivante :
kacosθ2J1(kacosθ)=f(kacosθ)
Le haut-parleur reste peu directif aux faibles valeurs de ka, puis devient directif et des lobes secondaires apparaissent aux hautes fréquences.
Intensité sonore
La pression acoustique est le produit de la pression acoustique d’une onde sphérique par un nombre réel. On a donc :
I=ρ0cpeff2=2cρ(2πrωQ0)2D(θ)2
Aux basses fréquences, l’émission est isotrope dans le demi-espace et D(θ)≈1. On a alors pour un même débit :
I≈4Imonopoˆle
Un facteur 2 provient d’une émission sur un demi-espace au lieu de l’espace entier, un autre s’explique par une résistance de rayonnement double (voir plus bas). Notons dès maintenant qu’il y aura une différence de 6dB dans le niveau sonore entre une émission monopolaire et une émission en piston bafflé, toute chose égale par ailleurs.
Le diagramme de rayonnement a l’allure suivante :
La pression est divisée par 2 à u=1,6 : l’intensité sonore est alors divisée par deux et le niveau sonore a chuté de 3 dB. Définissons la demi-ouverture du faisceau par l’angle η=2π−θ−3dB :
En deça de ka=1,6, θ−3dB n’a pas d’existence et /eta=2π : le haut parleur a une émission quasi-isotrope dans le demi-espace avant.
Au-delà, on a η=2π−arccoska1,6.
Il reste peu directif jusqu’à ka=3,9.
Il devient très directif au-delà.
Impédance de rayonnement
Un long calcul aboutit au résultat suivant :
ZR=ρcS[σ+jxR]
avec le facteur de rayonnement σ=1−kaJ1(2ka) et xR=kaS1(2ka)
où J1 est la fonction de Bessel d’orde 1 et S1 celle de Struve. Le facteur de rayonnement est donc faible pour ka≪1 : le transfert d’énergie mécanique de la membrane en énergie acoustique se fait mal à basses fréquences, tant que la longueur d’onde de l’onde acoustique est supérieure à la dimension du piston. Le facteur de rayonnement tend ensuite vers 1 pour les hautes fréquences.
Ces deux fonctions sont représentées ci-dessous (les axes ont une échelle logarithmique) :
La résistance de rayonnement est donc RR=ρcSσ
La masse de rayonnement est quant à elle mR=ρcSxR/ω : elle varie avec la fréquence, contrairement à ce que nous avions vu pour la sphère pulsante. Elle est représentée ci-dessous (en g) pour un haut parleur de 14 cm de diamètre : elle est quasiment constante pour les basses fréquences puis chute autour de ka≈1 pour tendre vers zéro aux hautes fréquences.
Masse de rayonnement (g) pour un haut parleur de 14cm en fonction de ka.
Aux basses fréquences, un développement limité au premier ordre donne :
La résistance de rayonnement aux basses fréquence du piston bafflé est donc égale à celle d’un monopôle de même rayon émettant à la surface d’un plan parfaitement rigide. La masse de rayonnement est elle différente mais proche de celle d’un monopôle acoustique de même rayon émettant à la surface d’un plan parfaitement rigide (16/3π≈1,7).
Son allure, à débit constant, est donc l’allure de la courbe σ=f(ka). Mais nous devrons attendre le prochain article pour connaître la dynamique de la membrane et l’expression de son débit en fonction de la fréquence.
Aux basses fréquences, σ≈21(ka)2, la puissance rayonnée s’écrit alors :
Pac≈4πcρ(ωQ0)2=2Pmonopole
Ainsi, d’une fait d’une résistance de rayonnement double, la puissance émise aux basses fréquences par un piston bafflé est double de celle émise par un monopôle de même débit.
Limites du modèle
Ces calculs sont valables dans l’approximation d’un piston circulaire plan, parfaitement rigide et encastré dans un plan infini.
La forme conique des membranes usuelles de haut-parleur n’est pas prise en compte ici. La conséquence pour une membrane rigide est que l’onde émise par la périphérie est en avance de phase par rapport à celle émise au centre.
La membrane n’est très rigide qu’aux basses fréquences. Lorsque la longueur d’onde de l’onde rayonnée devient petite par rapport aux dimensions de la membrane (λ≪a ou f≫c/a), d’autres modes de vibration de la membrane sont excités. On parle alors de fractionnement de la membrane : différentes zones vibrent avec différentes phases. Les ondes émises interfèrent et créent des accidents sur la courbe de réponse du haut-parleur.
L’approximation du plan infini n’est strictement valable que pour des longueurs d’onde très petites par rapport à la taille L du baffle : λ≪L ou f≫c/L.
Conclusion
Nous avons vu dans cet article les différents modèles de sources sonores qui permettent d’expliquer le rayonnement de la membrane d’un haut parleur.
Le modèle du dipôle a montré qu’il était nécessaire d’enfermer le haut-parleur dans un caisson pour supprimer l’onde arrière et éviter le court-circuit acoustique responsable d’une perte de puissance importante, principalement aux basses fréquences.
Le modèle simple de la sphère pulsante est une bonne approximation du comportement d’une enceinte aux basses fréquences.
Pour les fréquences plus élevées, le modèle plus complet du piston bafflé doit être privilégié.
Aux très hautes fréquences, la membrane fractionne et aucun modèle simple ne peut rendre compte de son comportement exact.
Ces différentes domaines sont récapitulés sur la figure ci-dessous :
Nous sommes dorénavant outillés pour s’intéresser dans le prochain article au haut-parleur électrodynamique !
Lorsqu’un corps (pour nous, la membrane d’un haut-parleur) vibre en un point d’un milieu (pour nous, l’air), cette vibration est transmise aux autres points, de proche en proche, par contact. Il en résulte une propagation de la vibration dans le milieu, appelée onde.
À gauche de la figure, le haut-parleur est animé d’un mouvement régulier de va-et-vient, de période T et de fréquence f=1/T (nombre de périodes pas seconde). Lorsqu’il se déplace vers la droite, sa membrane pousse l’air en créant une surpression (elle “tasse” les molécules d’air). En se déplaçant ensuite vers la gauche, il crée une dépression (le vide laissé par la membrane “aspire” les molécules environnantes).
Chaque point du milieu reproduit au passage de l’onde la vibration générée par la membrane du haut-parleur, avec un certain retardτ . Celui-ci dépend de la distance AB séparant les points et de la vitesse de propagation c de l’onde dans le milieu :
τ=cAB
Il s’ensuit la propagation d’une onde sonore qui va pouvoir mettre en mouvement une autre membrane, plus loin: le tympan de l’auditeur. L’oreille humaine est susceptible de détecter des féquences allants de 20 Hz à 20 kHz. La vitesse à laquelle la vibration se propage dépend des propriétés de l’air (température, humidité, masse volumique), mais elle vaut environ c≈340m/s.
La courbe représentée au-dessus de la figure donne l’allure de la pression de l’air le long du parcours de l’onde (rappelons ici que l’unité internationale de la pression est le Pascal Pa. Dans cet exemple, elle correspond au cas le plus simple et le plus important de la physique des ondes : c’est une onde sinusoïdale.
Longueur d’onde
La pression le long de l’axe de propagation d’une onde sinusoïdale est périodique (elle est décrite par un motif qui se répète), la longueur de ce motif est appelée longueur d’onde et notée λ :
La longueur d’onde est la distance entre deux crêtes sur la courbe. Il est clair qu’elle correspond donc à la distance parcourue par la perturbation pendant une période de l’onde. On a ainsi :
λ=c⋅T=fc
On peut maintenant déterminer les longueurs d’onde extrêmes détectables dans l’air par l’oreille humaine :
Pour les sons les plus graves, f=20Hz et : λgrave=20340=17m
Pour les sons les plus aigus, f=20kHz et : λaigu=20⋅103340=17⋅10−3m=17mm
Equation d’onde
Nous noterons ρ0 et P0 la masse volumique et la pression de l’air en l’absence d’ondes sonores. Dans les conditions habituelles, on a ρ0=1,18kg⋅m−3 et P0=1,01×105Pa.
Nous nous placerons dans tout ce cours dans le régime des faibles signaux. On considèrera ainsi que les variations de masse volumique et de pression sont faibles par rapport à ces valeurs :
{ρ=ρ0+ρ′P=P0+pavec{ρ′≪ρ0p≪P0
Cette simplification sera justifiée par la suite, lorsque nous verrons que les surpressions maximales auxquelles nous aurons affaire en acoustiques sont plusieurs milliers de fois inférieures à la pression atmosphérique.
Conservation de la masse
Considérons un volume infinitésimal d’air. La masse étant une grandeur conservée, la variation temporelle de sa masse volumique ne peut s’expliquer que par le flux de masse traversant sa surface. En ne conservant que les termes du premier ordre, on peut donc écrire :
∂t∂ρ′+ρ0∇⋅u=0
u désigne la vitesse de l’air et ∇⋅u sa divergence. En coordonnées cartésiennes : ∇⋅u=∂x∂ux+∂y∂uy+∂z∂uz
Equation d’Euler
Considérons une paroi plane de surface A, en rouge sur l’illustration, vibrant dans l’air de masse volumique ρ autour de sa position d’origine d’abscisse nulle. Dans les conditions habituelles, la masse volumique de l’air est ρ0=1,18kg⋅m−3. Nous nous intéressons aux vibrations d’une tranche d’aire comprise, au repos, entre les abscisses x et x+dx. Sa masse est ρ0⋅A⋅dx.
Notons les déplacements subséquents des deux surfaces délimitant la tranche d’air ψ(x,t) et ψ(x+dx,t). L’épaisseur de la tranche d’air est dx au repos et dx+ψ(x+dx,t)−ψ(x,t) à l’instant t.
Les forces s’exerçant sur la tranche d’air sont les forces de pression exercées sur ses deux faces, la deuxième loi de Newton donne donc :
ρ0⋅A⋅dx⋅∂t∂u=A⋅p(x)−A⋅p(x+dx)
où u=∂t∂ψ est la vitesse de l’air à l’abscisse x.
On obtient alors l’équation d’Euler (linéarisée) :
ρ0⋅∂t∂u=−dxp(x+dx)−p(x)
⟺ρ0⋅∂t∂u=−∂x∂p
La génaralisation à 3 dimensions est immédiate :
ρ0⋅∂t∂u=−∇p
où ∇p représente le gradient de p. En coordonnées cartésiennes : ∇p=∂x∂pex+∂y∂pey+∂z∂pez
Equation de propagation
La vitesse de déplacement du gaz apparaît dans l’équation de la conservation de la masse et dans l’équation d’Euler. Pour s’en débarrasser, prenons la dérivée temporelle de la première et la divergence de la seconde :
∂t2∂2ρ′+ρ0∇⋅∂t∂u=0
ρ0⋅∇⋅∂t∂u+∇⋅∇p=0
Soit :
∂t2∂2ρ′+Δp=0
où Δp désigne le laplacien de p. En coordonnées cartésiennes : Δp=∂x2∂2p+∂y2∂2p+∂z2∂2p
Reste à relier entre elles pression et masse volumique. Il est clair que l’une dépend de l’autre. Dans l’approximation linéaire, un développement de Taylor au premier ordre donne :
P(ρ)=P(ρ0)+(ρ−ρ0)∂ρ∂P∣∣∣∣∣ρ0
⟺p=ρ′∂ρ∂P∣∣∣∣∣ρ0
La dérivée apparaissant dans le terme de droite a pour dimension M2T−2 : c’est le carré d’une vitesse. Nous posons alors c2≡∂ρ∂P, nous obtenons p=ρ′⋅c2 et l’équation vérifiée par la pression s’écrit :
Δp+c21∂t2∂2p=0
Cette équation de propagation est l’équation fondamentale de l’acoustique linéaire.
Célérité des ondes acoustiques
La loi des gaz parfaits peut s’écrire P=ρrT avec T la température en Kelvin et r=MR=0,0298,32=287J kg−1K−1 est la constante spécifique de l’air (R est la constante des gaz parfaits et M la masse molaire de l’air)
Par ailleurs, les transformations subies par l’air en acoustique linéaire sont adiabatiques (elles sont trop rapides pour qu’un volume d’air puisse échanger de la chaleur avec son voisin). De telles transformations sont décrites par la loi de Laplace :
ργP=cte
où γ=1,4 pour l’air, gaz diatomique. Ainsi :
(ρ0+ρ′)γP=ρ0γP0=ρ0γ−1rT
Au premier ordre, on obtient :
P=rTρ0(1+γρ0ρ′)
Notre définition de la célérité donne :
c=∂ρ∂P=γrT
L’application numérique à 20°C donne 343 m/s, en bon accord avec les résultats expérimentaux.
Solution sinusoïdale : l’onde plane
Les solutions générales de l’équation d’onde s’écrivent : p(r,t)=p+(t−cr)+p−(t+cr)
Le premier terme représente une onde se propageant dans le sens des r croissants et le second une onde se propageant dans le sens des r décroissants.
La solution simple d’une onde plane se propageant dans le sens des x croissants s’écrit :
p(x,t)=p0⋅cos[ω(t−cx)+ϕ]=p0⋅cos(ωt−kx+ϕ)
Ainsi, tous les points du milieu de même abscisse (i.e. situés dans un plan perpendiculaire à la direction de propagation) sont dans le même état vibratoire. On vérifie facilement que cette fonction est bien solution de l’équation d’onde.
p0 est l’amplitude de la perturbation ;
ω=2πf est la pulsation, f est la fréquence de vibration de la source ;
k=ω/c=2π/λ est le nombre d’onde, λ la longueur d’onde;
ϕ est la phase à l’origine
La notation complexe des fonctions sinusoïdales est plus facile à manipuler dans les calculs (dériver et intégrer une exponentielle est trivial): α=AcosX→α=Aexp(jX)=AcosX+jAsinX. Le module∣α∣=A correspond à l’amplitude, et son argumentX à la phase du cosinus.
Notons α∗=Aexp(−jX)=AcosX−jAsinX le complexe conjugué de α. La partie réelle de α est alors : α=ℜ(α)=21(α+α∗)
La notation complexe de la surpression est :
p(x,t)=p0⋅exp[j(ωt−kx)]
avec p0=p0⋅exp(jϕ) l’amplitude complexe.
L’équation d’Euler nous permet d’en déduire la vitesse de déplacement du fluide :
ρ0⋅∂t∂u=−∂x∂p⟺jωρ0u=jkp⟺u=ρ0cp
Notons ici que la vitesse est en phase avec la surpression.
Pression acoustique efficace
La pression acoustique efficacepeff se calcule comme on calcule la tension efficace d’une source alternative, c’est la racine carrée de la valeur moyenne du carré de la surpression :
peff=T1∫0Tℜ(p)2dt
On a donc : peff2=4T1∫0T(p+p∗)2dt=4T1∫0T(p2+p∗2+2pp∗)dt
Les deux premiers termes sont des sinusoïdes de pulsation 2ω : leur valeur moyenne sur une période est nulle. Le dernier terme est lui indépendant du temps, il sort de l’intégrale et l’intégrale restante, triviale, vaut T. Finalement :
peff=2pp∗
Dans le cas d’une onde plane, on obtient :
Peff=2P0
L’oreille humaine peut percevoir des ondes sonores dont la pression efficace est supérieure ou égale à pref=20μPa. En deça, le système auditif n’est pas suffisamment sensible pour déclencher un signal nerveux.La sensation devient douloureuse pour p≥20Pa.
Énergie transportée
Intensité sonore
L’intensité sonoreI indique la puissance transportée par l’onde traversant une surface de 1m2 perpendiculaire à la direction de propagation. I s’exprime en W/m2.
L’intensité sonore est donc égale au quotient de la puissance acoustique P de la source et de la surface A sur laquelle elle s’étale :
I=AP
Or la puissance est :
P=F⋅u=A⋅ℜ(p)⋅ℜ(u)
Nous avons donc, en développant comme au paragraphe précédent :
Le deuxième terme oscille avec une pulsation 2ω, sa valeur moyenne est donc nulle. Il reste :
I=21ℜ(pu∗)
Dans le cas d’une onde plane, on obtient :
I=21ℜ(pρ0cp∗)=ρ0cpeff2
Ainsi, le seuil d’autition (intensité sonore minimale perceptible par l’oreille humaine) est :
I0=ρ0⋅cpref2=1×10−12W/m2
Par ailleurs, pour des intensités sonores douloureuses, de l’ordre de 1W⋅m−2 (sirène d’urgence), on obtient comme pression acoustique efficace :
peff=I⋅ρ0⋅c≈20Pa
Cette valeur correspondant à 0,02% de la pression atmosphérique justifie que l’utilisation de l’acoustique des faibles signaux est tout à fait adaptée aux situations étudiées.
Ondes sphériques
Si l’onde plane est un cas limite intéressant, il est clair qu’elle est insuffisante pour décrire totalement le rayonnement d’une enceinte. La solution des ondes sphériques nous sera nécessaire et nous en donnons ici quelques résultats importants.
Nous nous plaçons en coordonnées sphériques. Si nous faisons l’hypothèse que la source sonore, placée à l’origine du repère, a un rayonnement isotrope, les grandeurs acoustiques ne dépendront que de leur distance à la source r. L’ensemble des points situés à même distance de l’origine auront donc le même état vibratoire.
Le laplacien figurant dans l’équation de propagation s’écrit avec ces simplifications : Δ=∂r2∂2+r2∂r∂
L’équation de propagation de la pression devient alors :
∂r2∂2p+r2∂r∂p−c21∂t2∂2p=0
En développant ∂r2∂2(rp), on s’aperçoit qu’on peut réécrire :
∂r2∂2(rp)−c21∂t2∂2(rp)=0
Et la pression acoustique d’une onde sphérique est donc :
p=rAexp[j(ωt−kr)]
où A est une constante à determiner en fonction des propriétés de la source sonore. La pression décroît donc comme 1/r.
L’équation d’Euler en régime sinusoïdal permet d’en déduire la composante radiale de la vitesse de l’air :
On retrouve l’expression de la vitesse de l’air d’une onde plane à la limite r→+∞⟺kr≫1 mais, plus proche de la source, la vitesse n’est plus en phase avec la surpression.
Calculons l’intensité sonore dans le cas d’une onde sphérique :
On retrouve donc la même formule simple que dans le cas des ondes planes.
La pression variant en 1/r, l’intensité sonore varie donc comme 1/r2. Lorsque l’onde sonore se propage, l’énergie transportée se dilue sur une surface de plus en plus grande : l’intensité sonore diminue. On parle d’atténuation géométrique :
Si on multiplie la distance r à la source par deux, on multiplie la surface A par quatre: l’intensité sonore I est donc divisée par quatre.
Intensité sonore en fonction de la distance à la source r, pour une puissance acoustique de 1W. Lorsque la distance double, l’intensité sonore est divisée par 4.
Niveau sonore
Définition
Plus l’intensité sonore est élevée, plus le son est perçu comme fort ? Oui, mais … L’oreille humaine ne percevra pas comme deux fois plus fort un son dont l’intensité sonore est, justement, deux fois plus importante ! La sensibilité de l’oreille n’est pas linéaire, mais logarithmique.
Pour se rapprocher des sensations physiologiques liées au son, on définit le niveau sonoreL :
L=10⋅logI0I
où I0=10−12W⋅m−2 est le seuil d’audition. L’unité du niveau sonore est le décibel dB.
Ainsi, alors que les intensités sonores perceptibles par l’oreille humaine s’échelonnent sur plus de 12 ordres de grandeur, les niveaux sonores correspondant prendront des valeurs comprises entre 0 et 120dB. Par ailleurs, une augmentation de 2dB du niveau sonore provoquera la même sensation à l’oreille, quel que soit le niveau initial.
Variations du niveau sonore
Nous disions que l’intensité sonore était divisée par quatre lorsqu’on multipliait la distance à la source par deux: qu’advient-il du niveau sonore ?
Ainsi, le niveau sonore diminue de 6dB lorsqu’on multiplie la distance à la source par 2.
Niveau sonore en fonction de la distance à la source r, pour une puissance acoustique de 1W. Lorsque la distance double, le niveau sonore chute de 6 dB.
Que devient maintenant le niveau sonore si on double la puissance de la source (ou que l’on accole deux haut-parleurs de même puissance) ?
Lorsqu’on double la puissance, on augmente donc le niveau sonore de 3dB. De la même manière, il diminue de 3dB lorsque l’intensité sonore est divisée par deux.
Niveau de pression acoustique (dB SPL)
Si on injecte l’expression de l’intensité sonore I=peff2/(ρ⋅c) dans la définition du niveau sonore, on obtient :
L=10⋅logpref2peff2=20⋅logprefpeff
où pref=20μPa est la pression efficace minimale perceptible. Lorsque la pression acoustique efficace est divisée par deux, le niveau sonore diminue donc de 6dB.
Sensibilité de l’oreille humaine
Courbe de Fletcher
Les seuils définis ci-dessus sont déterminés pour la fréquence de référence f=1000Hz. Mais l’oreille humaine n’est pas sensible de la même manière à toutes les fréquences, comme le montre le diagramme de Fletcher :
Diagramme de Fletcher : Sensibilité de l’oreille humaine en fonction de la fréquence
Les courbes représentées en bleu sont des contours de même niveau sonore perçu pour différentes fréquences (courbe isosoniques).
Par exemple, une note jouée à 100 Hz engendrant une pression acoustique de 30 dB SPL sera perçue à seulement 10 dB, donc nettement moins forte qu’un même niveau sonore à 1 000 Hz.
Décibel A – dB-A
L’échelle de niveau sonore correspondante, corrigée pour la sensibilité de l’oreille, est notée “dB-A”. Les corrections à apporter au niveau de pression acoustiques sont résumées sur la figure suivante :
Correction des dB-SPL en dB-A
On retrouve plus rapidement sur cette courbe le fait qu’à 100 Hz, il faut atténuer le niveau de pression acoustique de 20 dB : LdB-A, 100 Hz=LdB-SPL, 100 Hz−20.
Superposition de fréquences, spectres
Sons purs et complexes
Un diapason émet une onde sonore sinusoïdale : on parle de son pur. À l’inverse, la même note jouée par un piano n’est pas sinusoïdale : c’est un son complexe.
Enregistrement d’un La3 joué par un diapason (haut) et de la même note jouée par un piano (bas)
Spectre d’un son
Un résultat mathématique très important en traitement du signal est que tout signal peut être décomposé en une somme de sinusoïdes. On le sait déjà si on se remémore la dispersion de la lumière par les goutelettes d’eau dans un arc-en-ciel : l’onde lumineuse complexe de la lumière blanche solaire y est décomposée en une somme d’ondes lumineuses sinusoïdales (monochromatiques).
On voit cette décomposition sur le spectre de l’onde sonore. En abscisse figure la fréquence des sinusoïdes, en ordonnée leur amplitude. Sans surprise, le spectre de la note jouée par le diapason ne présente qu’un pic, puisqu’il suffit d’une sinusoïde pour obtenir l’enregistrement :
Spectre du La3 joué par le diapason
Par contre, le spectre du La joué au piano contient un grand nombre de pics :
Spectre du La3 joué par un piano
Notons les points importants suivants :
La fréquence du pic de plus basse fréquence correspond à la fréquence f1 de la note jouée (ici f1=440Hz). Ce pic est appelé le fondamental.
Les autres pics ont une fréquence multiple de celle du fondamental (2f1=880Hz;3f1=1320Hz;...;nf1). Ils sont appelés harmoniques de rang 2, 3, …, n.
Enfin, dans un enregistrement réel, on observera à chaque instant une superposition de notes jouées par différents instruments ainsi que des “bruits” (percussions). Le spectre du son sera alors plus complexe à interpréter.
Spectre résultant de la superposition des notes jouées par plusieurs instruments.
Timbre d’un instrument
Des notes indentiques jouées par des instruments différents ne provoquent pas à l’oreille la même sensation : on dit que leur timbre est différent. C’est la répartition relative des harmoniques dans le spectre de la note qui détermine le timbre, la “signature” sonore de l’instrument.
Conclusion
Dans cet article, nous avons défini les ondes sonores et étudié leurs caractéristiques principales ainsi que les grandeurs pertinentes pour les décrire et mesurer l’énergie qu’elles transportent. Les bases de l’acoustique linéaire sont maintenant posées.
Pour une application Hi-Fi, nous chercherons à obtenir un niveau sonore maximal d’environ L≈90dB, correspondant à une intensité sonore I≈10−3W⋅m−2 et une pression acoustique efficace Peff≈0,65Pa. Nous devrons aussi pouvoir produire du son sur une plage de fréquences aussi proche que possible de la plage 20 Hz – 20 kHz détectable par l’oreille, et ce avec une courbe de réponse la plus plate possible afin de ne pas favoriser certaines fréquences de l’enregistrement à diffuser.
Dans le prochain article, avant d’attaquer le haut parleur, nous étudierons le rayonnement acoustique de quelques formes simples.
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